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Le sommeil, un soin à part entière dans le parcours du cancer

On parle souvent d’alimentation, d’activité physique ou de gestion du stress… mais le sommeil reste trop souvent le parent pauvre des soins de support en oncologie. Et pourtant, comme le rappelle le Dr Ingrid Theunissen avec justesse, un sommeil de qualité est un levier essentiel pour la guérison, l’immunité et le bien-être global.

Mais attention : il ne s’agit pas d’ajouter de la pression ou de la culpabilité à un moment déjà bouleversant. Lorsqu’on reçoit un diagnostic de cancer, c’est une véritable bombe émotionnelle. Avoir des nuits perturbées, c’est normal. Ce n’est pas une faute, ni un échec. L’important, c’est de comprendre ce qui se passe, et d’explorer — avec bienveillance — des pistes pour se sentir un peu mieux, un peu plus soutenu dans son sommeil.

Un rôle physiologique clé

Pendant un sommeil naturel, non induit par des médicaments, le corps sécrète de la mélatonine, une hormone essentielle liée à l’immunité. Cette hormone est produite en début de nuit, particulièrement entre 22h et 2h du matin, ce qui confirme l’intuition de nos grands-mères : les heures avant minuit comptent double.

Des troubles fréquents… et normaux

Au fil du parcours de soins, il est quasi inévitable de vivre des nuits perturbées :

  • Le choc de l’annonce génère une anxiété naturelle.
  • Les douleurs post-opératoires empêchent le repos.
  • Certains traitements, comme la cortisone, excitent et empêchent de dormir.
  • Les traitements hormonaux peuvent entraîner des bouffées de chaleur, notamment dans le cancer du sein ou de la prostate.

Bref, le sommeil est mis à rude épreuve, et c’est totalement compréhensible.

Adopter une hygiène du sommeil douce et réaliste

Sans chercher la perfection, quelques habitudes peuvent soutenir un meilleur endormissement :

  • Se coucher tôt, idéalement autour de 22h.
  • Éteindre les écrans au moins une heure avant le coucher (la lumière bleue bloque la production de mélatonine).
  • Limiter la caféine et l’alcool, surtout le soir.
  • Avancer l’heure du dernier repas pour faciliter la digestion avant le sommeil.
  • Favoriser une atmosphère calme : lumière douce, chambre fraîche, silence.

Pour les personnes très exposées aux écrans, le port de lunettes anti-lumière bleue à partir de 16h peut aider.

Comprendre son type de trouble pour mieux réagir

Les troubles du sommeil peuvent se répartir en deux grandes familles :

  • Difficultés d’endormissement : souvent liées à l’anxiété, aux pensées parasites, à la lumière des écrans, ou à la caféine.
  • Réveils nocturnes fréquents : causés par un déficit de mélatonine, une digestion nocturne (après un repas ou une consommation d’alcool), ou des effets secondaires des traitements.

Dans ces cas, une supplémentation douce en mélatonine peut être envisagée :

  • Si l’on peine à s’endormir → prise 2h avant le coucher.

Si l’on se réveille souvent → prise au moment du coucher.

Et si je ne dors pas ? Ne pas paniquer

Quand on est éveillé au milieu de la nuit, le plus difficile est souvent le discours intérieur : “Zut, je ne dors pas, je vais être épuisé.e demain”. Ce cercle vicieux de stress empire souvent la situation.

Respirer, s’apaiser, utiliser des techniques douces de relaxation peut aider à calmer ce petit vélo intérieur. Et si les troubles persistent, ne pas hésiter à consulter : sophrologues, psychologues, médecins du sommeil… Il existe des solutions adaptées à chacun·e.

Médicaments : un outil temporaire, pas une solution durable

Parfois, quand la douleur ou l’épuisement est trop fort, un médicament peut être nécessaire. Il ne faut pas le diaboliser. Mais il est essentiel de garder en tête qu’il ne remplace pas un vrai sommeil réparateur, et doit rester une aide transitoire.

N’hésitez pas à consulter votre équipe soignante si vos problèmes de sommeil persistent.

La sieste : bonne ou mauvaise idée ?

Dans le contexte du cancer, la fatigue peut être extrême. Une sieste ponctuelle, notamment après les traitements lourds, est tout à fait indiquée. Mais en dehors de ces périodes, des siestes trop longues et trop fréquentes peuvent désynchroniser le rythme naturel du sommeil.

Un impact collectif

Quand une personne prend soin de son sommeil, c’est souvent toute la famille qui en bénéficie : moins d’écrans, plus de calme, des routines du soir partagées. De petits changements au service d’un mieux-être global.

En conclusion

Oui, le sommeil est un pilier de notre santé. Mais dans le contexte du cancer, les troubles du sommeil sont compréhensibles, attendus, humains. L’idée n’est pas de paniquer à l’idée de mal dormir, mais d’apprivoiser doucement des rituels, des ajustements, un environnement plus favorable, sans pression.

Parce qu’au fond, prendre soin de son sommeil, c’est aussi apprendre à se traiter avec douceur. Et c’est déjà un pas vers la guérison.

"Les conseils au niveau du sommeil sont valables pour tout le monde et quand quelqu'un est atteint du cancer, on se rend compte qu'il y a des répercussions bénéfiques pour l'ensemble de la famille." — Dr. Theunissen

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