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La fatigue pendant et après les traitements

Il y a des mots qu’on pense connaître. Des mots qu’on a déjà utilisés mille fois dans une vie.
Et puis un jour, on les vit autrement.

La fatigue, par exemple.

Avant la maladie, quand on disait « je suis crevée », c’était souvent une fatigue qu’on comprenait : trop de travail, trop de choses à gérer, pas assez de sommeil. Une fatigue qu’on savait réparer avec du repos ou un week-end plus calme.

Mais quand le cancer arrive, on découvre une fatigue complètement différente.

Je me souviens d’une femme qui m’a dit un jour :
« Je dors, je me repose, et pourtant je me réveille fatiguée. C’est comme si mon corps n’avait plus de batterie de secours. »

Et c’est exactement ça.

Une simple fatigue ?

La fatigue des traitements et de l’après ne suit pas vraiment une logique. On peut par exemple ne rien faire et être épuisée. Dormir longtemps et se lever déjà fatiguée.

Quand on parle de fatigue liée à la maladie, on ne parle pas d’un simple coup de mou. On parle d’un épuisement global et ma kiné dit souvent « c’est bizarre qu’on n’ait pas trouvé un mot bien spécifique à cette fatigue ». Le corps se bat, le système immunitaire est sollicité en permanence, les traitements bouleversent tout — hormones, sommeil, digestion, émotions — et pendant ce temps-là, la tête essaie de comprendre et de tenir.

Attention, on va évidemment parler de solutions dans cet article mais mettons d’abord des mots sur ces fatigues multiples pour que vous vous sentiez moins seuls.

Pas une fatigue, mais des fatigues qui se superposent !

La fatigue du corps

Il y a d’abord la fatigue du corps et des traitements lourds (chimiothérapie, radiothérapie, hormonothérapie, chirurgies…). Celle qu’on reconnaît le plus facilement et qui est normale et elle peut encore durer après les traitements.

La fatigue émotionnelle

Celle des annonces, des peurs, des « et si ça revenait », des nuits agitées avant les résultats. Le mental peut être en alerte pendant certaines périodes plus tendues et ça épuise. Et cette fatigue-là peut vraiment être allégée en se faisant aider. Psy, groupe de soutien, pair aidant : on n’est pas obligé de traverser ça seul.

La fatigue sociale

Elle est souvent sous-estimée. Le bruit, les conversations, les réunions, les dîners, les stimulations peuvent devenir extrêmement épuisants en plein traitement ou juste après.

Personnellement, celle-là me touchait beaucoup, j’étais parfois épuisée et rincée par des réunions professionnelles, des réunions trop longues et bruyantes.

La fatigue de l’incertitude  

Elle est particulièrement présente chez les personnes atteintes de cancer métastatique, mais elle peut aussi persister après un cancer localisé, sous forme de peur ou de trauma et c’est vraiment important de se faire aider pour cela. Des techniques telles que l’EMDR ou les TCC peuvent être très efficaces.

L’activité physique : un allié inattendu

Alors parler de la fatigue, c’est essentiel, mais il existe aussi des aides concrètes. Et l’une d’entre elles est aujourd’hui clairement prouvée scientifiquement : c’est l’activité physique.

Cela peut sembler paradoxal quand on est épuisé, mais il ne s’agit pas de faire du sport intensif, pas du tout. Il s’agit de bouger, à son rythme : marcher, s’étirer, faire un peu plus que la veille, rejoindre un groupe à l’hôpital, dans une maison de ressourcement, chez votre kiné.

Quand on ne bouge plus du tout, la fatigue s’installe encore davantage et c’est un cercle vicieux et je vous invite à regarder les vidéos enregistrées avec Ingrid de Biourge (sur ce site) qui parle de l’importance de l’activité physique pendant et après les traitements.

Bouger, c’est aussi prendre soin de soi. Il y a 6 ans, on n’en parlait pas autant qu’aujourd’hui et je suis vraiment heureuse de voir qu’il y a de plus en plus d’initiatives et de sensibilisation autour de ce sujet.

Le vrai repos et la bienveillance

J’ai envie d’ajouter une petite touche personnelle ici et parler du vrai repos. Pas celui teinté de culpabilité, mais celui qui consiste à se déposer, à refuser une invitation sans se justifier, à ne rien faire et à s’y autoriser pleinement.

Cette fatigue n’est pas un échec. Elle ne dit rien de la valeur ni du courage de la personne. Elle dit simplement que le corps a traversé beaucoup de choses et qu’il fait ce qu’il peut, comme il peut.

Je conclurai en disant que oui, la maladie fatigue beaucoup. Mais dans ce dépouillement, il y a parfois aussi une clarté. On apprend à écouter ses limites, à respecter son rythme, à vivre autrement.

Et si un jour vous vous sentez vraiment épuisée, souvenez-vous :
– vous n’êtes pas seul.e,
– vous n’avez rien à prouver,
– et faire de son mieux, dans ce contexte-là, c’est déjà énormément.

 

Delphine Remy

https://cancer-je-gere.blog/

Lien vers le podcast sur les fatigues

Lien vers une vidéo sur l’importance de l’activité physique

Lien vers un podcast sur l’activité physique pendant et après un cancer

Delphine

Quand on parle de fatigue liée à la maladie, on ne parle pas d’un simple coup de mou. On parle d’un épuisement global et ma kiné dit souvent « c’est bizarre qu’on n’ait pas trouvé un mot bien spécifique à cette fatigue ».

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