Retour à l'aperçu

Faut-il parler de son cancer au travail et dans son cercle privé ? Et si oui, comment et à qui ?

Parler ou ne pas parler de son cancer dans le cadre professionnel ? Voilà une question que beaucoup de personnes concernées se posent. Il n’existe pas de réponse toute faite. Mais en tant que coach, je propose une boussole simple : communiquer avec intention.

Pourquoi partager cette information ?

Avant de parler de sa maladie, il est utile de se poser quelques questions essentielles : Pourquoi est-ce que je veux en parler ? Quel est l’objectif derrière ce partage ? Cherche-t-on du soutien émotionnel ? Une meilleure compréhension de son entourage ? Des aménagements concrets dans sa charge de travail ou son emploi du temps ?

Chaque raison appelle un interlocuteur différent.

À qui en parler ?

Il ne s’agit pas de tout dire à tout le monde. En fait, c’est souvent le contraire.

  • Si vous avez besoin de soutien émotionnel, tournez-vous vers un proche, un psychologue ou un coach. Ces espaces permettent d’exprimer vos émotions, sans devoir tout justifier ou rationaliser.
  • Si vous avez besoin d’un aménagement professionnel – un horaire adapté, une réduction du volume de travail, une tâche temporairement différente – alors l’interlocuteur clé sera le médecin du travail. Il peut faire le lien entre votre situation médicale et votre environnement de travail.
  • Dans certains cas, le manager ou la personne de confiance peut aussi être une personne ressource, à condition que la relation soit saine, et que les rôles soient bien clarifiés.

L’idée n’est pas de cacher, mais de choisir avec discernement ce qu’on partage, à qui, et dans quel but.

La question des effets secondaires invisibles

Parmi les plus grandes difficultés rencontrées lors du retour au travail après un cancer, il y a ce qui ne se voit pas. « Tu as bonne mine, tu dois aller mieux ! ».  Cette phrase anodine peut devenir lourde à porter quand on continue à subir, en silence, une fatigue chronique, des troubles cognitifs, une diminution de la concentration ou encore une plus grande sensibilité au stress.

Ces effets secondaires dits invisibles peuvent altérer significativement la qualité de vie au travail tout en restant incompris. Il devient alors crucial de poser des mots sur ce qui impacte réellement votre fonctionnement, dans un cadre qui le permet.

Comment en parler ?

Savoir comment aborder le sujet est aussi important que de savoir quoi dire.

  • Choisir le bon moment est essentiel : éviter d’aborder le sujet entre deux portes, dans un couloir ou à la machine à café. Ces lieux informels ne permettent ni de se sentir en sécurité, ni d’installer l’attention nécessaire pour une discussion aussi personnelle.
  • Privilégier un endroit calme, où chacun peut s’exprimer sans crainte d’être interrompu. Une réunion planifiée, un échange en tête-à-tête dans un bureau fermé ou en visio confidentielle sont des contextes plus propices.
  • Préparer ses mots à l’avance peut aider à se sentir plus serein·e. Cela permet de rester centré sur son objectif : informer, expliquer un besoin, demander un aménagement, ou simplement être entendu·e.

Et en cas de difficulté à verbaliser les choses, il est possible de s’appuyer sur des outils comme la Communication Non Violente (CNV) : « Quand je ressens [émotion], parce que j’ai besoin de [besoin], j’aimerais pouvoir [demande concrète]. » Cela permet de s’exprimer sans accuser ni se justifier, tout en ouvrant un dialogue constructif.

Et la confidentialité dans tout ça ?

Nul n’est devin. Si vous attendez quelque chose de votre environnement, il faudra l’exprimer d’une manière ou d’une autre. Mais vous avez aussi le droit à la confidentialité. Rien ne vous oblige à tout dire, tout de suite, ni à tout le monde.

Ce n’est pas une question de courage, mais de stratégie de qualité de vie. Votre bien-être mérite d’être protégé, tout autant que vos droits professionnels.

Conclusion : parler ou non, un choix personnel et légitime

Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse quant au fait de parler de son cancer au travail ou dans son cercle privé. Ce choix vous appartient pleinement. Certaines personnes ressentent le besoin d’expliquer, d’autres préfèrent préserver leur intimité.

L’essentiel est de se faire confiance et d’adapter cette communication à son état de santé, à son énergie, à son environnement. Parler de son cancer, c’est bien plus que donner une information médicale. C’est mettre ses propres mots sur ce qu’on vit, c’est se réapproprier le fil de son histoire, c’est ne pas laisser les autres nous définir à travers leurs peurs, leurs projections ou leurs attentes.

C’est refuser d’être mis·e dans une case. C’est redevenir auteur ou autrice de son récit. En parler, quand c’est bien préparé et aligné avec ses besoins, c’est une forme puissante d’empowerment.

Magali

www.retourautravail.be et  www.travailetcancer.org

Magali

Et en parler, mettre ses mots, le raconter à sa manière, c'est justement reprendre un peu les rennes de son narratif.

Également intéressant