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L’après-cancer : quand tout le monde pense que tout va bien

« APRÈS CANCER ». Deux mots qu’on attend souvent avec impatience…

Quand tout le monde pense que tout va bien

Quand les traitements se terminent, il y a des signes qui rassurent : les scanners sont bons, les cheveux repoussent s’ils sont tombés, le téléphone sonne un peu moins, et autour de vous, on dit avec un grand sourire : “C’est fini, tu es guéri·e !”

Sauf que, pour beaucoup de personnes, l’après n’est pas un soulagement immédiat. C’est un entre-deux étrange, un no man’s land. On n’est plus vraiment malade, mais on ne se sent pas guéri non plus. On n’est plus la personne d’avant… et pas encore celle qu’on deviendra.

Quand tout le monde pense que tout va bien

Pendant les traitements, paradoxalement, tout est balisé. On avance en mode survie. Il y a un protocole, des rendez-vous, un rythme imposé. On tient avec un agenda de ministre à l’hôpital. Et puis, quand ça s’arrête, le planning médical s’efface, les appels s’espacent, l’entourage se fatigue un peu, et le silence peut s’installer. Et ce silence, parfois, il est assourdissant.

Je n’oublierai jamais cette phrase :

« J’avais été si bien entourée pendant les traitements. Et là, j’avais l’impression d’être seule sur le quai, après le départ du train. »

Et c’est pour ça que j’insiste : l’après n’est pas toujours un happy end. C’est une nouvelle traversée.

Tu vas pouvoir reprendre ta vie d’avant

Il y a une phrase qu’on entend souvent et franchement elle part souvent d’une bonne intention :
« Maintenant que c’est derrière toi, tu vas pouvoir reprendre ta vie d’avant ! »

Cette phrase peut tomber un peu à côté, parce que « comme avant » n’existe pas toujours ou plus toujours.

Ce qui peut blesse dans ce « comme avant », ce n’est pas l’intention, c’est parfois la pression invisible : l’attente de performance, l’idée qu’il faudrait aller bien vite. Alors qu’en réalité, l’après est souvent lent, hésitant… et parfaitement légitime.

À la place, il y a des phrases qui apaisent vraiment, comme :
« Tu as le droit d’avancer à ton rythme. »
« Qu’est-ce qui te ferait du bien en ce moment ? »

Parce que ces mots-là accueillent la personne d’aujourd’hui, pas celle d’hier.

L’image des facettes

Et si, malgré la fatigue, le vide, l’angoisse, l’après devenait aussi un terrain de possibles ?

Et j’aime beaucoup une image qui aide à comprendre ce flottement de l’après : l’image des facettes, que Géraldine de Radiguès a partagée sur mon podcast.

On a tous plein de facettes : la facette parent, la facette pro, la facette amie, la facette sportive du dimanche, la facette artiste, la facette aventurière, la facette gourmande… toutes ces facettes composent notre identité.

Et quand la maladie arrive, souvent, tout se resserre. On se concentre sur une ou deux facettes : la facette “infirmière”, qui gère rendez-vous, traitements, paperasse… et la facette “guerrière”, parce qu’il faut tenir sur la durée qu’on aime ou n’aime pas le vocabulaire guerrier, ce n’est pas le débat ici mais vous avez l’image !

Et souvent, on met un peu au placard les autres facettes, c’est normal.

Alors quand les traitements s’arrêtent, la tempête se calme… et un vide apparaît. On peut se demander après une période où tout a été un peu en suspens :

Où sont passées mes autres facettes ?
Qu’est-ce que j’ai envie de retrouver ?
Qu’est-ce que j’ai envie d’inventer ?

Parfois, on est perdu·e, et c’est normal. Les facettes d’avant ne collent plus. Les nouvelles ne sont pas encore nées. Ce flou n’est pas un échec. C’est une traversée.

Et on peut réveiller les facettes doucement, une à la fois, avec des questions simples :

Quelle part de moi a besoin de respirer à nouveau ?
Qu’est-ce qui me ferait du bien, là, maintenant ?
Quelle facette nouvelle est en train de naître ?

Changement de perspective

Je terminerai par un petit changement de regard, c’est comme si on déplaçait un peu et qu’on regardait les choses autrement, c’est important de se dire que l’après est une chance, même si cette période peut être extrêmement compliquée et pas du tout vécue comme une chance. Je ne veux rien minimiser, et je le dis avec la plus grande bienveillance mais j’ai une pensée pour les personnes métastatiques. Elles rêveraient d’être dans l’après et nous rappellent souvent, avec la plus grande bienveillance elles aussi, qu’il ne faut pas oublier de saisir cette chance de l’après, la reconnaitre pleinement et la ressentir, la vivre malgré toutes les difficultés et séquelles bien réelles pour beaucoup !

L’après, ce n’est pas revenir comme avant.
C’est apprendre à habiter la vie autrement.
À son rythme.
Avec beaucoup de douceur.
Et avec le droit d’être en chemin.

 

Lien vers un podcast sur l’après-cancer

 

Delphine Remy
https://cancer-je-gere.blog/

Delphine

À la place, il y a des phrases qui apaisent vraiment, comme : « Tu as le droit d’avancer à ton rythme. » « Qu’est-ce qui te ferait du bien en ce moment ? » Parce que ces mots-là accueillent la personne d’aujourd’hui, pas celle d’hier.

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